Cet été, nous vous proposons une série d’article dédiée à la dominante athlétique dans le football. Nous avons ainsi fait appel à un expert dans ce domaine, Joël Mignot, actuel préparateur athlétique du pôle formation du FC Annecy (Ligue 2), passé par l’Olympique Lyonnais et habitué des niveaux nationaux (équipe première en National et U19 Nationaux à Bourg Péronnas / U17 Nationaux FC Annecy). Place aujourd’hui à la première partie !
Reprise estivale en football (1/3) : Bien tester pour bien préparer
Chaque été, une même question revient pour les entraîneurs et préparateurs physiques : comment bien gérer la reprise après la coupure estivale ?
Dans cette première partie, on va parler testing. Avant d’enchaîner les séances, il faut d’abord savoir où en sont nos joueurs – physiquement, mentalement, biomécaniquement. Et surtout, comment individualiser intelligemment la suite.
Je vous partage ici les outils que j’utilise réellement au quotidien : à la fois des solutions haut de gamme, mais aussi des méthodes plus simples et économiques, accessibles à tous.
Objectif : progresser sans casser
Partons sur une base : une bonne préparation dure généralement 5 à 6 semaines. Le maître mot ? Progressivité.
L’idée, c’est de faire franchir des étapes aux joueurs pour qu’ils reconditionnent leur corps aux exigences du football moderne :
- Entre 10 et 12 km de volume total, avec des changements d’intensité
- Des efforts explosifs (sprints, sauts, chocs, décélérations)
- Un effort roi : le sprint (jusqu’à 200m cumulés par match)
Pour atteindre ces exigences, il faut réintégrer l’effort progressivement, et en connaissance de cause. D’où l’importance du testing.
Le testing de reprise : pourquoi faire ?
Les tests doivent servir à :
- Faire un état des lieux précis à l’instant T
- Individualiser le travail à venir
- Anticiper les risques de blessure
- Suivre l’évolution dans le temps
- Données biométriques
Le premier réflexe, c’est de collecter quelques données simples mais révélatrices : taille, poids, masse grasse si possible.
- Idéal : balance à impédancemétrie.
- Budget serré ? La pince reste une solution rapide, fiable, et suffisante pour avoir un indicateur de masse grasse.
Conseil perso : faites ces mesures en début et fin de préparation, vous verrez vite les effets de votre programme.
- Force & explosivité
Le deuxième axe porte sur les capacités neuromusculaires, en particulier sur le bas du corps. On cible :
- Ischios-jambiers
- Quadriceps
- Adducteurs
- Chevilles (flexion, extension, inversion)
- Abducteurs de hanches
Tests recommandés :
- Verticaux : CMJ (Counter Movement Jump), SJ (Squat Jump), test RSI
- Horizontaux : Broad jump (bi et unilatéral)
Personnellement, j’utilise uniquement les CMJ bilatéraux et unilatéraux, ainsi que les tests horizontaux pour aller à l’essentiel.
Matériel :
- Le top : plateforme de force + décamètre
- Option économique : l’app MyJump (nécessite un iPhone avec 240 fps)
Focus ischios / quadriceps :
- Meilleur outil : machine isocinétique pour analyser force, ratios (H/Q et H/H), dynamomètre
- Alternative haut niveau : NordBoard pour les ischios.
- Option low-cost : une balance manuelle pour des tests de poussée (moins précis mais exploitables).
- Endurance continue & intermittente
On passe ici à la capacité aérobie, essentielle à calibrer.
Tests “labo” (haut niveau) :
- Test VO2max avec analyse directe et seuils ventilatoires/lactiques
- Très fiable, mais coûteux et peu accessible
Tests terrain :
- VAMEVAL : mon test de référence pour l’endurance aérobie et le profil mental
- Cooper 12’ ou semi-Cooper 6’ : simples, mais nécessitent une bonne gestion de course
- Luc Léger, Bronco test : valides aussi si répétés régulièrement pour suivre l’évolution
Important :
Ne calibrez pas vos intervalles intermittents à partir de tests continus. Il faut des tests spécifiques.
Pour l’intermittent :
- 30-15 IFT : le plus pertinent selon moi
- Basé sur des efforts courts, avec changements de direction
- Très proche des contraintes du match
- Mobilité et souplesse
Ce n’est pas la priorité absolue sur le terrain, mais en matière de prévention des blessures, c’est essentiel.
- Ciblez en priorité la mobilité active : ce que le joueur peut produire sans aide extérieure
- Exemple de tests :
- FMS (Functional Movement Screen) : validés scientifiquement
- Ou mieux : vos propres tests, centrés sur les zones clés
J’évalue de mon côté la mobilité sur :
- Hanches (flexion, extension, rotations)
- Chevilles (dorsiflexion, inversion)
- Ischios, adducteurs, quadriceps
Faites simple, mais faites-le. Ces tests vous aideront à détecter les déséquilibres ou restrictions d’amplitude avant qu’ils ne deviennent des problèmes.
En conclusion !
Ce premier volet sur le testing de reprise pose les bases d’une préparation intelligente. Il existe des dizaines de tests et autant d’outils, mais l’essentiel est de :
- Choisir ce qui vous est utile sur le terrain
- Être capable de répéter et d’analyser dans le temps
- Ne pas s’encombrer de données inutiles
Rappelez-vous : un bon test, c’est un test que vous exploitez vraiment.
Dans la deuxième partie, nous parlerons de la gestion du terrain et du travail intermittent, pour construire des joueurs endurants, explosifs, et surtout prêts à encaisser une saison complète.